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14 août 2016

ENTRETIEN AVEC EMMANUELLE GUATTARI : « JE CONNAISSAIS DES TAS DE LIVRES PAR CŒUR »

  • Aymen Hacen
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ENTRETIEN AVEC EMMANUELLE GUATTARI : « JE CONNAISSAIS DES TAS DE LIVRES PAR CŒUR » Crédit photo / lireenpaysautunois & Audoin Desforges


Toujours dans le cadre de sa participation au Festival des Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, notre écrivain, poète et essayiste préféré, Aymen Hacen, s’est entretenu avec la femme de lettres française Emmanuelle Guattari. Au centre de l’interview, la culture, l’écriture, la lecture, mais aussi les souvenirs d’enfance…

 

Entretien conduit par Aymen Hacen

Emmanuelle Guattari, née en 1964, vit aujourd’hui à Paris. Elle est l’auteur, aux éditions Mercure de France, de quatre « romans » : La petite Borde (2012, Folio 2013, traduction en anglais Semiotext (MIT Press 2014), Ciels de Loire (2013), New York, petite Pologne (2015), et Victoria Bretagne, paru en 2016. Plusieurs de ses textes ont été également publiés dans les revues Fario et Phoenix. Ses poèmes traduits en anglais ont paru dans le catalogue de l’exposition Lost Psyche de la photographe Polixeni Papapetrou et dans celui de l’artiste Brigitte Engler. Elle a réalisé un « livre pauvre » avec le peintre Gérard Fromanger et un autre avec l’artiste Pascale Lhomme.

Aymen Hacen. Nous nous sommes également rencontrés à Sète, au Festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée. Avec Vincent Calvet, Bruno Geneste, son épouse Isabelle, Albertine Benedetto et l’Irakien Kadhem Khanjar, pour ne citer que ceux-là, nous nous sommes très vite liés d’amitié. Appartenant à des pays et à des cultures différentes, répondant à des impératifs et des sensibilités manifestement distincts, nous avons néanmoins dialogué, rompu le pain et partagé le vin ensemble. Qu’est-ce qui justifie pour vous cette amitié ? Existe-il à vos yeux quelque chose de supérieur, un peu comme celle que Proust appelait « la consanguinité des esprits », ou ce que Blanchot nommait « la communauté inavouable » ?

Emmanuelle Guattari. J’ai toujours eu une intense curiosité pour les cultures différentes. Mais ce qui m’intéresse, c’est l’humain en nous tous, quelque chose qui transcende la différence des cultures, qui au fond n’en sont qu’une variante d’expression.
Et puis la question de l’Autre dans l’univers où nous avons grandi avait déjà élargi les possibilités de l’humain, c’était une expérience de très grand humanisme.



A. H. Auteure remarquée de quatre « romans ». Je me permets d’insister en mettant entre guillemets le mot roman, car le lecteur de vos textes ne lit pas de romans au vrai sens du terme. Qu’en est-il vraiment, d’autant plus que, invitée au Festival Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, qui est un festival de poésie, vous n’êtes pas plus poète que romancière ?

E. G. Décidément… J’ai étudié l’histoire et lors de la soutenance de l’un de mes mémoires, le jury m’a dit mademoiselle vous devriez écrire des romans…
Tout au long de mes études, effectivement je voulais écrire autre chose.
Je me suis autorisée tardivement ; j’ai alors aspiré à un affranchissement total.
Depuis toujours j’ai écrit de façon très serrée – ce qui n’avait pas été toujours facile pour les développements historiques ! J’admirais beaucoup mon directeur de thèse, sans qu’il le sache ! pour une seule phrase avec laquelle il m’avait résumé 100 ans de colonisation en Indochine : « Ce qui nous a perdus au Vietnam, c’est le mépris ».
Dans mes livres publiés au Mercure de France, le fait que mes textes soient courts, et denses, et disjoints, a pu les apparenter à de la prose poétique, disons. Cependant, il ne s’agit pas pour autant de recueils de poésies : il y a dans chacun de mes livres, toujours, un système narratif qui lie ensemble les petits chapitres : tout un ensemble de motifs et de renvois d’un texte à l’autre, et qui raconte une histoire. C’est une autre manière de raconter des histoires.
En tous cas, pour cette question du roman, ou de la poésie, il y a toujours des gens pour dire que c’en est ou ce n’en est pas, alors…


A. H. La petite Borde, votre premier « roman », raconte votre enfance, précisément vos souvenirs d’enfance à la Borde. Pour ceux qui l’ignorent, et la quatrième de couverture de le préciser, « l’établissement de la Borde est célèbre dans le monde de la psychiatrie. Cette clinique hors normes entendait rompre avec l’enfermement traditionnel qu’on destinait aux malades mentaux et les faire participer à l’organisation matérielle de la vie collective. Ce lieu doit beaucoup à Félix Guattari, psychanalyste et philosophe qui codirigea la clinique jusqu’en 1992. Quand on habite enfant à La Borde parce que ses parents y travaillent, l’endroit est surtout perçu comme un incroyable lieu de liberté : un château, un parc immense, des forêts et des étangs. À travers une série de vignettes et par touches impressionnistes, Emmanuelle Guattari évoque avec tendresse son enfance passée dans ce lieu extraordinaire où les journées se déroulent sous le signe d’une certaine fantaisie. »
Pourriez-vous plus nous introduire dans votre univers d’écriture ? Le spectre de vos parents hante votre monde. Qu’est-ce cela fait d’être la fille de Félix Guattari ?


E. G. Je ne suis pas hantée, c’est que j’ai un problème avec la disparition. Je ne crois pas que nous pouvons vivre sans ceux que nous avons aimés, même disparus, ils sont quelque part. C’est comme ça.

 

A. H. Dans l’un des textes que vous avez lus à Sète, vous parler d’ « elle ». Pourriez-vous, tout en citant un extrait de ce texte, nous parler d’ « elle », votre mère ?

E. G. Mon père était et reste une grande figure. Il m’a semblé que dans mes textes je pouvais donner une place à ma mère, qui était une femme qui avait un très grand charme. À travers elle, j’ai voulu rendre justice aussi au travail des femmes qui ont fait la Borde, un lieu qui avant les années soixante et le mouvement féministe, leur a laissé des rôles, des responsabilités, des salaires égaux à ceux des hommes.

Notre poète préféré, Aymen Hacen en compagnie d'Emmanuelle Guattari, tous deux invités du Festival de poésie de Sète, VOIX VIVES, de Méditerranée en Méditerranée, du 22 au 30 juillet 2016 

 

A. H. Vous êtes polyglotte. Outre le français et l’anglais, vous parlez couramment l’espagnol. Quel rôle ce « don des langues » joue-t-il dans votre écriture, sachant que vous avez vécu aux États-Unis et que vous racontez cette aventure dans New York, petite Pologne ?

E. G. J’ai toujours eu la passion de la langue ; La Borde, cette clinique hors-norme était un lieu de liberté et de parole ; on y parlait beaucoup, et il y avait à l’époque une sorte d’élégance de l’élocution et de la syntaxe, y compris chez les grands malades, qui, outre l’exigence forte de notre père, a créé une sorte de surmoi de la langue. Nous avons baigné dans une sorte de chœur permanent des différentes âmes qui s’exprimaient dans ce lieu.
Très petite avant d’entrer en maternelle, je voulais tant lire que je tyrannisais ma mère. Je lui faisais lire chaque soir de longs livres pour enfants, notamment La chèvre de Monsieur Seguin de Daudet et lorsqu’elle essayait de sauter un passage ou un mot, je la reprenais vivement ; je connaissais des tas de livres par cœur ; j’avais développé une hyper mémoire et mon père me faisait grimper sur les tables le dimanche pour me faire réciter ces textes. C’est comme ça que toutes les langues m’ont intéressée. J’attrapais tout au vol. J’ai aussi appris l’italien, le japonais ; j’aimerais parler allemand, chinois, arabe aussi bien-sûr.

A. H. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? Votre méthode d’écriture a-t-elle évolué ou changé après la naissance de vos quatre premiers romans ?

E. G. J’ai eu la très grande chance de rencontrer un éditeur, Isabelle Gallimard, qui dès mon premier manuscrit m’a laissé totalement libre et avec qui j’ai une relation de grande confiance.

J’écris toujours de la même manière, n’importe où, n’importe quand mais pas tous les jours. J’ai eu la chance aussi de faire des rencontres très stimulantes au cours de ces dernières années, et notamment deux auteurs qui travaillent de leur côté la question de la narration, entre prose et poésie, François Bordes et Julien Maret.

Isabelle Gallimard en compagnie de Frédéric Mitterrand

 



La Tanche
(in La petite Borde)

Elle n’aimait pas le riz. Elle n’aimait pas le sucre.

Elle buvait du Nescafé et fumait des Craven A sans filtre ; elle avait dit :
- Quand le paquet coûtera 5 francs, j’arrêterai.
Ce n’est pas vrai. Elle est allée jusqu’à 15 francs, et puis elle est morte (de toutes façons l’Euro a tout changé les prix ; elle avait connu les anciens francs, elle était assez approximative avec les nouveaux francs, si bien que moi qui vous parle je n’ai jamais bien compris non plus).

Elle disait après les visites médicales : j’ai les poumons roses.

On l’appelait la Tanche parce qu’elle adorait nager. Elle nageait dans le Beuvron. Elle allait jusqu’à la grande bouée en Méditerranée avec une nage régulière comme une petite grenouille.

Elle était très petite. Elle avait perdu toutes ses dents. A cause de la guerre.
Sur la photo de classe de fin de primaire, on dirait qu’elle a six ans.

Elle avait de petites mains carrées, très petites comme celles d’un enfant.

Elle avait le pied grec.

Elle avait la peau jaune et les cheveux noirs. Elle disait qu’un riche jeune homme arabe très épris l’avait demandé en mariage. Elle avait hésité mais finalement elle n’avait pas voulu partir.

Elle était très mince. Elle n’avait pas de seins.

Elle achetait toujours de la crème fraîche et du beurre, pour qu’il y en ait toujours. A cause de la Guerre.

Elle achetait du lait frais, tous les jours, comme on achète le journal.

En vacances, elle nous a emmenés ramasser les escargots dans les cimetières en Espagne ; des femmes en noir nous couraient derrière dans le scandale.

Elle ramassait les coprins chevelus autour de la décharge de la Borde.

Elle ne faisait jamais de gâteaux ; je n’aime pas ça, disait-elle, avec une moue expressive, pour qu’on comprenne bien.

Elle durcissait du caramel en le versant sur du marbre pour le refroidir et nous le donnait à sucer dans le bain pour nous motiver.

Elle adorait sa petite auto. Elle roulait vite.

Elle achetait des nèfles, chaque année.

Elle mettait des oranges pour Noël en plus des cadeaux.
Elle disait que celle qu’elle recevait quand elle était petite, elle attendait toujours trop longtemps pour la manger et qu’elle pourrissait toujours. Alors elle pleurait.

Elle détestait les rutabagas. À cause de la guerre.


Ma mère a disparu de ma vie comme une bulle de savon qui éclate.

Je me tiens depuis devant cette nouvelle illusion.
Parfois, j’ai envie d’avancer la main pour battre l’air et sentir cette nouvelle image.
Comment est-ce possible? Elle était là. Elle n’est plus là. Mais où est-elle ?

Et puis un jour en regardant l’avenue et la ville par la fenêtre, j’ai vu le ciel s’écraser sur le sol.
Un énorme étau et j’ai été prise d’un vertige : nos morts ne sont-ils pas là juste derrière cette sorte d’écran, celui qui s’allume devant nos yeux ? Je ferme les yeux. Je serre fort les paupières. J’attends. Puis je regarde ; non, je ne vois pas les morts. Je me retourne, ma mère n’est pas là.

Alors je me dis, si on pouvait arriver à les voir les morts ? Mais comment faire ?

C’est alors que m’est venue l’idée de demander à passer un tout petit moment encore avec ma mère.

Je demande au Gouvernement des morts à passer un petit instant avec ma mère.

Je ne demande pas grand chose, juste un quart d’heure.
Je me suis dit qu’il fallait insister. Je le demande chaque jour.

Je vais m’asseoir dans un café et elle viendra s’asseoir en face de moi.
Je suis sûre qu’elle viendra.
Je l’embrasserais deux fois pour le bonjour ; je prendrais un peu sa main, petite et raide. Elle aurait cette sorte de présence mal à l’aise que lui donnaient les médicaments et le monde qui lui faisait peur. Non pas parce qu’elle viendrait de derrière le voile de la disparition. Mais, parce qu’elle était devenue comme ça.

Je suis prête à faire un marché avec la vie : prenez-moi dix ans, pour un quart d’heure de parloir avec ma mère.
Prenez mes quatre-vingt ans, prenez mes soixante-dix ans, allez, prenez mes soixante ans.
Rendez-moi ce que vous m’avez pris ! Rendez-moi un tout petit moment de tout ce que vous m’avez pris !

Ce serait dans un café qui sentirait encore la cigarette froide et il pleuvrait dehors. Dans la soirée de l’automne les lumières luiraient dans la rue humide.
Nous serions à une table contre une grande vitre. Elle n’aurait pas quitté son manteau. Elle devrait bientôt repartir ; elle le saurait elle aussi. Mais on n’en parlerait pas.
On resterait là, un peu voûtées.
S’il vous plaît ! Je la regarderais une dernière fois.

Tous les jours, je vais au café et je reste.
Je suis là, assise, un peu appuyée contre la buée de la glace.
Je suis sûr qu’ils accepteront à un moment ou à un autre.


Ma mère avait gardé de l’Occupation un souvenir tenace.
Elle n’avait jamais pu se réconcilier et n’épousant pas la modernité européenne, elle parla longtemps des boches (ou schleus), et sursauta toujours péniblement en entendant parler allemand ; on n’évoqua jamais le jumelage de notre ville avec Weimar ; il ne me serait pas venu à l’idée de demander à apprendre la langue, bien sûr, sauf en frissonnant avec mes cousins sur la banquette arrière de l’auto, à l’évocation de l’utilité que cela pourrait avoir, s’il y avait une autre guerre (inéluctablement contre les Allemands dans notre imagination).

Chez nous, pour parfaire à la transmission des souvenirs de guerre, il y eut soudain une série de livres, curieusement en accès libre sous le plateau en verre de la table basse du salon, sur les atrocités dans les camps.
J’avais dix ans et je me souviens avoir lus avec application le tome sur les détails des expériences de Mengele, celui sur les Françaises internées politiques à Ravensbrück, celui sur le camp d’Auschwitz.
Il me semble que ma mère les avait achetés à un démarcheur qui vendait des collections au porte à porte dans notre campagne ; ainsi nous avions eu tout Zola en reliure cuir assez vulgaire et dont les tomes étaient si lourds qu’ils me faisaient fléchir les poignets.
J’en ai gardé une affliction qui ne s’est jamais tarie.

 


Emmanuelle Guattari présente son ouvrage "La petite Borde"

 

Emmanuelle Guattari présente son ouvrage "Ciels de Loire"

 

Emmanuelle Guattari présente son ouvrage "New York, petite Pologne"

 

Emmanuelle Guattari présente son ouvrage "Victoria Bretagne"

 

 

 

 

 

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